jeudi 14 mars 2013

Bilan de la conférence de la CITES

Tigre du Bengale
Tigre du Bengale
La 16e conférence de la CITES a fermé ses portes aujourd'hui-même. Il est donc temps de faire un petit bilan. Quelles ont été les mesures prises ? Quels animaux sont désormais mieux protégées ? Réponses.

La 16e conférence de la CITES, qui se tenait du 3 au 14 mars à Bangkok, en Thaïlande, avait pour but de lutter contre le trafic d'animaux (et de végétaux) sauvages. 

Cette année, les grands enjeux portaient sur les éléphants, les rhinocéros, les tigres, les ours polaires et les requins.

Les représentants de 178 pays devaient se mettre d'accord sur les mesures à prendre pour sauver ces espèces. Malheureusement, ils n'ont pas réussi à s'entendre sur toutes les espèces.

Certaines s'en sortent bien tout de même. En effet, les grands "gagnants" de cette conférence sont les requins. Cinq espèces, ainsi que les raies manta, sont désormais inscrites à l'annexe II, qui régule leur commerce :
Un requin longimane
Un requin longimane

Dorénavant, les pays exportateurs de ces requins devront délivrer des permis d'exportation et s'exposent à des sanctions si la survie de l'espèce est menacée. Ces mesures seront appliquées d'ici 18 mois.

Les tortues sont également les grandes gagnantes de la conférence. En tout, ce sont 44 espèces de tortues d'eau douce ou terrestres d'Asie et 3 espèces d'eau douce nord-américaine qui seront désormais mieux protégées. Et chose rare, ce sont les Etats-Unis et la Chine qui ont milité ensemble pour ces améliorations. Un signe encourageant pour la protection de la biodiversité.

Du côté des végétaux, de bonnes nouvelles également. De nombreux bois précieux ont vu leur statut renforcé (Annexe II), comme le l'ébène de Madagascar, le bois de rose de Madagascar, d'Asie du Sud-Est et d'Amérique. Ces bois bénéficient désormais des mêmes protections que les requins. 

Cependant, la convention a également vu son lot de déception. Les tigres notamment n'ont pas vu leur statut évoluer, alors qu'ils sont victimes de la déforestation et du braconnage. John Sellar, responsable de la lutte contre la fraude de la CITES, a même déclaré :
"Nous avons lamentablement échoué"
Leur avenir s'annonce donc terriblement sombre, notamment pour les plus petites populations, alors que les braconniers viennent de mettre au point une nouvelle méthode pour tuer plus de tigres : les insecticides. 

Les 3200 tigres restant dans la nature (contre 100 000 dans les années 1990) sont menacés par les spray anti-insectes cachés dans des morceaux de viande et de poisson disséminés par les trafiquants. Après avoir dégusté cette nourriture, ils meurent rapidement d'empoisonnement. Rappelons que depuis l'an 2000, 1400 tigres ont été braconnés, alors que leur commerce est strictement interdit depuis 1975. 

Autre grosse déception : les éléphants. Qu'ils soient d'Asie ou d'Afrique, ils sont gravement menacés par le commerce florissant (et pourtant illégal) de l'ivoire, qui a plus que triplé depuis 1998. Or, toutes les espèces d'éléphants sont inscrites à l'Annexe I depuis 1989. La CITES n'a par ailleurs pas pris de mesures dissuasives.

Néanmoins, les pays impliqués dans ce commerce, qu'ils soient d'origine (Ouganda, Tanzanie, Kenya), de transit (Malaisie, Vietnam, Philippines) ou marchés (Chine, Thaïlande) devront présenter d'ici la semaine prochaine des plans d'action crédibles, sous peine de lourdes sanctions.

Il en va de même pour les rhinocéros, qui en 2012 ont vécu leur pire année de braconnage. Les quelques mesures prises par la conférence ne devraient avoir qu'un faible impact sur les populations, pourtant en nombre très restreint.

Enfin, le dernier échec se porte sur les ours polaires. Le commerce des produits à base d'ours n'a pas été interdit, en dépit de l'opposition de la Russie et des Etats-Unis. Ce sont donc aux inuits, qui plaidaient pour leur survie économique, que la majorité des délégués des 178 pays s'est ralliée. Chaque année, des centaines d'ours blancs sont abattus en toute légalité, alors qu'il n'en reste qu'entre 20 000 et  25 000 en liberté, et qu'ils sont gravement menacés par le réchauffement climatique. Il est à noter que la France s'est abstenue dans ce vote.

Le bilan de cette 16e conférence de la CITES est donc mitigé. Alors que des requins, des tortues et des bois précieux bénéficient désormais d'une protection renforcée, d'autres espèces charismatiques restent gravement menacées, et voient leur avenir s'assombrir un peu plus...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire